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Dominique Blanc - IDENTITES - REGIONALISMES 
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ANDALUCIA, OCCITANIA, PADANIA…
LES NATIONALISMES REGIONAUX
ET LEURS RESSOURCES IDENTITAIRES




par Dominique BLANC




Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales
LISST - Centre d’Anthropologie Sociale - Toulouse

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[Version française de : "Andalucia, Occitania, Padania, Regional Nationalisms and their Identity Resources", chapitre de l’ouvrage collectif : Constructing Identity in Past and Present Societies, Cambridge University Press, à paraître.][English version: [lien] ]
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En quoi est-il légitime de parler de « nationalismes régionaux », et plus particulièrement en Europe occidentale ? N’est-ce pas précisément dans cette partie du monde que s’est trouvé réalisé le modèle idéal de l’État-Nation ? L’affirmation des « identités régionales » au cours du Vingtième siècle jusqu’à aujourd’hui aurait-elle à voir avec le nationalisme, une invention du Dix-neuvième siècle ? De fait, tout mouvement régionaliste, quel que soit son degré d’opposition à l’unité étatique et nationale en vigueur, est une remise en cause effective de la légitimité de cette dernière et par conséquent de l’histoire nationale dont l’Etat-Nation est censé être l’aboutissement. Il lui faut donc pour exister se réclamer d’une autre histoire, d’une autre généalogie nationale. Tout régionalisme politique est un nationalisme en puissance qui se construit en miroir du nationalisme généré par l’État-Nation qu’il remet en cause. Il nous est en général difficile de l’admettre pour deux raisons. Tout d’abord les nationalismes régionaux du Vingtième siècle ont connu des évolutions très variables. Certains ont vu leurs aspirations concrétisées par la création d’entités politiques et territoriales largement autonomes, avec à leur tête des gouvernements locaux aux pouvoirs importants. Ils ont vu la langue régionale autrefois interdite ou méprisée acquérir le statut de langue nationale, etc. C’est le cas, par exemple, du Pays basque (Euzkadi) et de la Catalogne (Catalunya) au sein de l’État espagnol. À l’inverse des mouvements régionalistes apparus à la même époque se sont presque entièrement « dilués » dans l’action culturelle, la seule ayant rencontré une certaine adhésion dans la population de la région concernée. C’est le cas, notamment, du mouvement occitan dans le sud de la France. Occitania n’a d’existence institutionnelle que dans les domaines de l’enseignement de la langue (sur la base du volontariat) et du soutien aux manifestations culturelles (essentiellement associatives). La deuxième raison de ce refus d’admettre que tout régionalisme politique est un nationalisme régional tient au fait que nous établissons inconsciemment, en tant qu’observateurs, une échelle de valeurs dans laquelle le nationalisme est rejeté vers un pôle négatif et la revendication d’une simple "identité culturelle", à quoi ont fini par se résoudre de nombreux mouvements régionalistes européens, plutôt vers un pôle positif. Les justifications de cette dernière attitude ne manquent certes pas : la xénophobie, le « fondamentalisme culturel », voire le racisme dont le nationalisme a souvent fait preuve n’est pas pour rien dans le rejet de l’idée même d’un nationalisme régional. D’autant que beaucoup de régionalismes politiques « modernes », après la Seconde Guerre Mondiale et la cruelle expérience du fascisme et du nazisme, se sont voulus résolument progressistes en Europe occidentale et ont condamné eux-mêmes les dérives de tout nationalisme. Il ne s’agit ici ni de soupçonner les régionalistes de cacher la « véritable nature » de leurs mouvements ni de nier des différences bien réelles qui déterminent des choix fondamentaux, notamment en matière d’alliances politiques. Mon propos est de montrer par quelques exemples que lorsqu’il s’agit d’affirmer et de revendiquer une identité collective ancrée dans la durée, liée à la fois à un territoire et à des caractères propres à la population porteuse de cette identité, les ressources mobilisables sont en nombre fini. Régionalisme politique et nationalisme ne peuvent que puiser dans un même répertoire. Du point de vue des ressources identitaires mobilisées, la différence entre eux apparaît alors bien mince.

Le premier acte d’un mouvement régionaliste émergeant consiste le plus souvent à contester l’unité factice de l’État-Nation en affirmant l’existence de grands ensembles géographiques et culturels dont la diversité, voire l’incompatibilité, aurait été occultée pour mieux assurer la domination de l’un d’entre eux sur le ou les autres. Sa forme la plus visible est la mise en avant d’une opposition massive, parfois Est-Ouest, le plus souvent Nord-Sud. C’est le cas du régionalisme andalou en Espagne au tournant des Dix-neuvième et Vingtième siècle et, plus près de nous, du régionalisme occitan, au milieu du Dix-neuvième siècle d’abord, puis à partir des années 1960. Issus tous les deux d’une « Renaissance » littéraire, ils ont commencé par affirmer qu’il n’était pas question de séparatisme mais d’une "régénérescence" culturelle de la région concernée, oeuvrant par là à une régénérescence de la Nation tout entière (Espagne et France) qui ne serait plus fondée désormais sur un malentendu historique. Mais l’opposition Nord-Sud, d’abord géo-culturelle, ne tarde pas, dans les deux cas, à se radicaliser. L’argument de l’exploitation économique du Sud par le Nord sera mis en avant sporadiquement par l’andalousisme et dans le cas de l’occitanisme moderne il deviendra un élément central. En s’appuyant principalement sur les analyses de Robert Lafont (1967 et 1971), le seul occitaniste ayant élaboré une doctrine globale, l’ensemble du mouvement a développé un argumentaire sur le thème du « colonialisme intérieur » au moment où vient de prendre fin avec les indépendances africaines le colonialisme « extérieur » de l’État français. Mais le terme était déjà employé dans certains textes régionalistes espagnols à la fin du Dix-neuvième siècle (en référence cette fois à la « guerre de Cuba » et à la fin du colonialisme espagnol en Amérique Latine). L’argument culturel n’en est pas pour autant minoré, bien au contraire. Du renversement du stigmate imposé à la population du Sud par « le Nord » à l’affirmation d’une différence ethnique radicale, les deux régionalismes considérés, selon des modalités et dans des contextes idéologiques certes différents, ont recours à des ressources identitaires qui sont typiquement celles du nationalisme (Anderson 1983 ; Hobsbawm 1990 ; Thiesse 1999)










Deux types ethniques ?
Deux types nationaux ?









Dans le cas de l’andalousisme à ses débuts, l’idéologie raciale en vigueur en Espagne à la fin du Dix-neuvième siècle présentait le peuple andalou comme un peuple « impur » du fait des invasions successives et de la présence sur son sol de populations nord-africaines pendant plusieurs siècles. Contre ce « stigmate africain », le régionalisme, à travers l’œuvre du premier Blas Infante, son principal idéologue, va s’efforcer de démontrer des liens plus anciens avec les civilisations orientales et donc la forte probabilité d’une origine aryenne. Dans un deuxième temps, au fur et à mesure des découvertes archéologiques, il penche plutôt pour une civilisation andalouse entièrement originale qui ne devrait rien à l’Afrique, à l’Asie ou à l’Europe. Le sol andalou aurait été peuplé depuis la nuit des temps par des « races autochtones » dont on n’aurait encore retrouvé que des traces. À l’encontre de la stigmatisation de la faiblesse supposée d’une race « mêlée », Blas Infante postule l’existence d’une population très ancienne, hautement civilisée, qui aurait marqué de son sceau jusqu’aux cultures grecques et phéniciennes, et non l’inverse. En un retournement lui aussi typique des nationalismes, les populations d’abord perçues comme marginalisées voire « impures » sont renvoyées du côté des premiers occupants et des races supérieures originelles. Il n’en reste pas moins que la présence musulmane (« l’occupation » selon l’idéologie nationale espagnole) est un fait historique de longue durée. Confronté à cette réalité indéniable, l’andalousisme de Blas Infante va évoluer en traversant ce qui semble bien être l’éventail des modalités possibles de tout rapport à l’Autre. Il s’évertue d’abord à démontrer que dans "l’alluvion de sang sémitique" provoquée par la présence musulmane il faut distinguer le sang arabe du sang berbère et du sang maure, ce dernier appartenant à la figure emblématique de la race honnie pour laquelle l’Andalou, comme l’Espagnol, n’éprouve que « répugnance ». À partir de là, la « théorie » andalousiste se perd dans des méandres obscurs peuplés d’arguments souvent contradictoires d’où il ressort que le génie andalou a toujours su faire la différence entre les "alluvions" diverses et « maîtriser le fanatisme arabe pour convertir la civilisation arabo-musulmane en un modèle de tolérance » (Infante 1992 : 66). Le facteur biologique (« le sang ») s’estompe au profit d’une « identité ethnique » dans laquelle est soulignée la primauté des facteurs psychologiques et culturels qui composent « el genio andaluz » (le « génie » andalou). Incompatible avec le germanisme, il a préféré les Arabes aux Wisigoths, contribuant ainsi à faire de l’islam d’al-Andalus, l’Andalousie médiévale, un exemple de tolérance. La suite logique de ce parcours analysé en profondeur par Stallaert (1998) est un total renversement des valeurs de départ. Longtemps soucieux de réaffirmer l’existence d’une seule nation en Espagne, avec des variantes régionales et non des « nationalités » différentes, Blas Infante n’en poursuit pas moins sa réhabilitation des populations stigmatisées victimes de l’intolérance castillane. Son régionalisme proclamé finit par repenser la Reconquête comme une simple conquête conduite contre la population autochtone andalouse, composée essentiellement de morisques dont le prototype ethnique perdure chez l’ouvrier agricole contemporain exploité par les latifundiaires (ce qui justifie aussi l’évolution du régionalisme vers le socialisme). La boucle est ainsi bouclée et le stigmate intégralement retourné : ce peuple « mêlé d’arabes et de gitans », ce peuple exotique de « Flamencos » est en réalité un peuple de « felah-mengu », de paysans morisques chassés de leur terre. Fusillé par les fascistes en 1936, le père spirituel du régionalisme andalou avait entrepris d’apprendre l’arabe et, sans toutefois s’être jamais converti, il exaltait en toute occasion les valeurs de l’islam. À la mort de Franco, en 1975, l’Alliance Socialiste d’Andalousie s’appuie explicitement sur l’andalousisme historique de Blas Infante pour élaborer un nouveau projet de Statut autonome (après celui de 1933 proposé à la République). L’autonomie régionale une fois acquise grâce à la loi de 1978, le mouvement abandonne peu à peu ses références socialistes tout en « oubliant » ses connotations nationalistes et se transforme en un parti de défense des intérêts régionaux, le Partido Andalucista, aujourd’hui bien installé dans le paysage politique. Parallèlement, quoique de façon très marginale, continue à exister un courant islamisant qui reprend les thèmes les plus radicaux de l’idéologie nationaliste latente de Blas Infante, recrute des chrétiens convertis à l’Islam et milite pour l’indépendance d’un nouvel al-Andalus, alors qu’Infante, lui, avait toujours imaginé une République Libre d’Andalousie dans le cadre de l’État espagnol. Moins anecdotique que l’islamisme des convertis, c’est tout un imaginaire hérité de la recomposition du passé régional à l’occasion de la recherche d’une spécificité (parfois "ethnique", parfois "nationale", parfois les deux) qui nourrit aujourd’hui non plus des revendications politiques séparatistes mais l’affirmation d’une "identité culturelle" andalouse.






L’opposition Nord-Sud est aussi au fondement de la revendication occitane. Elle ne s’appelait pas encore ainsi quand un mouvement de poètes, le Félibrige, rassemblé autour de Frédéric Mistral, personnage charismatique, Prix Nobel de littérature en 1904 pour son œuvre en provençal, entreprit de défendre une langue que l’Etat français chassait de tous les secteurs de la vie publique. Ce mouvement, post-romantique à ses débuts, ne tarda pas à se réclamer de la "civilisation du Sud", héritée du Moyen-Age, contre la « barbarie du Nord ». Les félibres imaginèrent un moment une « Fédération des Nations latines » incluant la Catalogne et la Roumanie mais ils appartenaient à une association littéraire et non à un mouvement politique : ils retournèrent vite à la défense de la langue, du folklore local et des traditions populaires. Un groupe d’écrivains moins conservateurs tenta alors de définir de manière plus radicale un ensemble qui progressivement ne fut plus seulement pensé en terme de « Sud » ou de « Midi » mais reçut un nom de pays : l’Occitanie (Occitania). Partant de la diversité en apparence infinie des parlers locaux, ils postulèrent une unité « nationale » de la langue (à l’image de l'unité nationale française) sur un territoire que rien ne définit précisément, excepté la langue elle-même. L'histoire, celle des résistances, des alliances et des conquêtes, mais aussi celle d'une littérature à son apogée à l'époque médiévale avec la poésie des troubadours, sera ensuite convoquée pour asseoir la légitimité de l'ensemble.

L’occitanisme, malgré son aspect essentiellement "culturel" n’hésite pas à user des mêmes ressources identitaires que les nationalismes classiques. Nous avons déjà noté que la notion de "colonialisme intérieur" (Lafont 1967 et 1971) sert à décrire systématiquement une situation d’inégalité économique en termes de domination et d’exploitation par une puissance extérieure à la région « sous-développée » concernée. Elle implique une rupture avec « la nation coloniale ». Le même auteur, quand il abandonne le domaine de l’économie contemporaine pour se pencher sur le passé et tenter de reconstruire une autre généalogie identitaire, différente de celle de l’État-Nation établi, ne peut que penser en termes de différence « ethnique » et/ou « nationale ». Des « deux France », il passe à « Francie et Occitanie » et aux « Deux types nationaux » : ce sont là les titres de trois chapitres de l’ouvrage de Robert Lafont Sur la France (1968). Il s’agit certes de distinguer une nation « primaire » qui se forge au cours de l’histoire sur une base « ethnique » et une nation « secondaire », la nation France, fruit d’un contrat citoyen. Mais c’est pour tout aussitôt dénoncer la dégénérescence de la seconde dont la cause serait la non-reconnaissance de la diversité des nations « ethniques » dans un même ensemble étatique imposé par la force. Rien n’empêche alors d’avoir finalement recours à « deux types ethniques », celui du Nord et celui du Sud, d’où le titre de la contribution du même auteur au livre collectif Le Sud et le Nord. Dialectique de la France (Lafont and alii 1971b). Le souci manifeste d’éviter un vocabulaire nationaliste classique et la réaffirmation (suivie d’effet politique) d’un régionalisme non séparatiste ne peut dissimuler le fait que par un jeu de miroirs auquel il est illusoire de vouloir échapper, nation « primaire » et nation « secondaire » font ici appel aux mêmes ressources identitaires. Il s’agit toujours de revendiquer une antériorité historique : « L’examen de l’évolution qui conduit à une négation du statut féodal et à une création politique moderne permet de savoir si l’Occitanie était au XIIe siècle une nation ou une simple ethnie qui n’aurait pu se constituer en nation. Selon nos critères, l’Occitanie est une nation accélérée (je souligne) ; elle a pris une avance considérable dans la construction nationale sur l’Italie, La Francie, l’Espagne » (Lafont 1968 : 92). Le thème de la nation "empêchée" (ici par la Croisade du Nord contre le Sud), de la nation « endormie » (vassalisée, aliénée dans le provincialisme) cher à tous les nationalismes, peut être alors développé et justifier la revendication d’une unité en apparence introuvable (entre les différents dialectes régionaux, entre les destins divergents des différentes provinces « occitanophones » d’Ancien Régime…) et ce malgré l’inexistence évidente d’une conscience commune. Le recours à toute référence raciale ou biologique est fermement écarté : "l’ethnie" qui peut donner naissance à une nation en prenant conscience d’elle-même est toujours formée au départ par un mélange de populations que finit par unir un fait de langue abolissant la diversité raciale, puis un fait de civilisation qui oppose l’ethnie à ses voisines (c’est la naissance de la « nationalité »), par un fait de conscience supérieure, enfin, (l’apparition d’une élite régionaliste) qui révèle la nation à elle-même et conduit son histoire propre jusqu’à son aboutissement (Lafont 1968 : 50). Les inégalités économiques régionales interprétées en termes de colonialisme intérieur d’un côté, les inégalités culturelles conduisant à la disparition programmée de la langue régionale de l’autre : la liaison entre les deux phénomènes n’est pas le fait des populations concernées. La bourgeoisie régionale a toujours déterminé ses choix économiques dans un cadre français et « le peuple » méprise souvent sa propre langue ravalée au rang de « patois ». Le lien est réalisé par l’élite régionaliste, la seule à avoir pris conscience de l’aliénation de l’une et de l’autre. Mais les deux phénomènes, économique et culturel, ne peuvent être liés que si l’on postule un destin national brisé : la bourgeoisie régionale est en fait une bourgeoisie autochtone aliénée et le peuple, francisé de force, n’a pas encore pris conscience de son unité ethnique forgée dans la longue durée autour d’une langue et donc d’une culture commune. Deux types d’action vont donc cohabiter de manière problématique. D’une part un régionalisme économique et institutionnel qui rejoindra les aspirations décentralisatrices et autogestionnaires d’une partie de la gauche française, d’autre part la revendication d’une langue et d’une culture occitane qui jouera sa partie dans le concert des « identités culturelles » en France. Le discours « occitaniste » qui accompagne les deux types d’action ne peut leur donner une cohérence qu’en puisant, répétons-le, dans le répertoire d’une idéologie nationale par ailleurs constamment déniée.








L’invention de la Padanie










La démonstration par l’absurde de cette emprise de l’idéologie nationale et de l’existence d’un répertoire clos de ressources identitaires dans lequel les divers mouvements régionalistes viennent puiser est sans doute l’invention récente de la "Padanie" (Padania) par la Ligue du Nord (Lega Nord) en Italie. Personne, dans ce pays, ne s’était jamais défini comme « Padan » avant que le parti constitué pour la défense des intérêts spécifiques des régions du Nord (autour de la vallée du Pô : la valle padana ) ne déclare que ces régions formaient en fait une véritable entité nationale dont les habitants, « endormis » par la « colonisation italienne » n’avaient pas ou plus conscience. A l’inverse des mouvements régionalistes andalous et occitans (et à l’autre bout de l’échiquier politique, proche de l’extrême droite), il s’agit ici de dénoncer la mainmise d’un sud sous-développé, utilisant à son profit les largesses d’un État-Providence, sur un Nord industriel bridé dans son dynamisme. Quoique dans un sens opposé de la fracture Nord-Sud, il s’agit là aussi de renverser un stigmate. Longtemps comparés négativement aux Romains à la civilisation raffinée, les « Barbares » septentrionaux revendiquent désormais la simplicité, la rudesse, l’ardeur au travail et la générosité des hommes du « Nord profond » contre ce qu’ils perçoivent non comme un raffinement mais comme une décadence. Le recours à l’histoire suit. Si la nation italienne se réclame des anciens Romains, la Padanie se réclame des Celtes. Si la culture italienne est issue de la Renaissance, la culture padane est l’héritière de la société « fédéraliste » et des libertés municipales du Moyen-Âge. Comme l’écrit un historien issu du mouvement : « Il existe un long et fort fil rouge (de sang, de passion) qui relie les anciennes tribus celtiques aux cités médiévales, au peuple insurgé et à tous ceux qui combattent aujourd’hui pour les libertés des communautés padanes » (cité in Avanza 2003 : 97). Cette identité, pour le coup inventée de toute pièce et qui (à la différence des autres régionalismes cités) ne peut s’appuyer sur aucune tentative antérieure, même embryonnaire, est immédiatement mise en scène à travers un ensemble de manifestations symboliques qui vont lui donner une existence aux yeux d’un large public grâce au relais essentiel des médias. Outre la création d’un journal et d’un site Internet, la résistance des Lombards et des Celtes face à l’occupant romain est représentée en toute occasion par des scènes de batailles et des défilés historiques en costumes. Le parti invente même un rituel spectaculaire censé commémorer le serment de fidélité des communes à la Ligue Lombarde en 1167. Des milliers de personnes acclament cadres et élus au cours d’un meeting largement médiatisé tenu sur un « pré sacré » près du monastère de Pontida. Il ne manque même pas à cette « renaissance » la (re)découverte d’une "langue padane" avec la tentative de codification des divers dialectes parlés dans les régions du Nord.

Ici, l’ « invention de la tradition » est assumée comme telle. Il ne s’agit plus d’affirmer que le passé historique reconstruit s’appuie sur des preuves scientifiques du type de celles qu’avancent avec prudence les historiens universitaires. Ici, le populisme est pleinement revendiqué : chacun, avec un peu d’enthousiasme et beaucoup de dévouement, peut se faire l’historien de son propre passé, si longtemps occulté. Le titre de l’ouvrage du principal historien de la Padanie dit bien l’ambiguïté d’une invention qui s’affirme en même temps comme une renaissance : L’invention de la Padanie. La renaissance de la communauté la plus ancienne d’Europe (Oneto 1997). Mais ce qui pourrait apparaître comme un délire n’est possible, comme le montre très bien Martina Avanza, que parce que l’histoire de l’unité italienne est un objet de débat aussi bien intellectuel que politique. L’historiographie marxiste a entamé depuis longtemps une « déconstruction » du processus d’unification italienne ayant débouché sur l’existence d’un État-Nation inabouti. Des historiens venus de tous les horizons lui ont emboîté le pas pour insister sur l’étatisation manquée d’après l’unification, la légitimité insuffisante de l’État, la persistance des particularismes et le manque d’intégration des masses populaires au sein de la nation. L’ouvrage de l’un de ces historiens ne s’intitule-t-il pas : L’invention de l’Italie unifiée ? En quoi alors serait-il illégitime d’ « inventer » aussi la Padanie ? Sauf qu’un débat interne au monde académique des historiens est transporté sur une place publique où plus rien n’est contrôlé. On assiste alors à un assemblage de références hétéroclites qui viennent nourrir des argumentaires complètement disparates. Les idéologues de la Lega Nord peuvent emprunter successivement ou concomitamment à l’ultra-catholicisme (malgré le laïcisme des premiers léguistes) qui accuse les pères de la Patrie d’avoir voulu détruire la religion du peuple, au légitimisme bourbon (pourtant « sudiste ») victime de "l’impérialisme" de la maison de Savoie appelée à régner sur l’Italie unie, à une tradition « autonomiste/fédéraliste » enfin : « Ces auteurs, contrairement aux historiens de métier, assument ouvertement le caractère politisé de leur production : ils fabriquent une histoire entièrement tournée vers le présent et ses enjeux, et utilisent pour cela un ton résolument polémique » (Avanza 1983 : 98), ce qui est considéré par la Ligue comme plus honnête que la « prétendue objectivité », selon eux, des universitaires. Passée du séparatisme indépendantiste à la revendication d’une simple autonomie régionale, changement qui a rendu possible son entrée dans le gouvernement de droite italien, la Lega Nord n’en continue pas moins de doter « la nation padane » de toutes les qualités qu’elle refuse aux étrangers censés menacer son identité : les terroni (« cul-terreux ») du Sud et, de plus en plus, les immigrés déversés en masse par « la nouvelle invasion ».









L’esprit de croisade anti-musulmans est récupéré par la Ligue qui dénonce "la même culture intolérante, arrogante et sanguinaire qui veut détruire la civilisation chrétienne européenne" (Oneto, cité par Avanza 1983 : 95).







Le fossé politique est bien réel entre la démagogie d’extrême droite de la Lega Nord d’Umberto Bossi et le régionalisme socialisant de la plupart des nationalismes régionaux français ou espagnols, c’est un fait indéniable. Mais ils ont en commun, c’est un fait tout aussi indéniable, un même répertoire identitaire de référence dans lequel puisent leurs idéologues à un moment ou à un autre de leur histoire, fût-ce pour l’utiliser dans des sens divergents. Il faudrait montrer comment la langue, le sol et le sang, par exemple, forment un triptyque incontournable. Le discours nationaliste régional, comme tout discours nationaliste, s’appuie principalement soit sur la langue soit sur le sol (le territoire) soit sur le sang (la spécificité raciale ou biologique) mais il ne peut éviter de se déterminer face à chacune de ces ressources obligées. Les groupes dépourvus de langue propre, par exemple, invoquent tôt ou tard une « langue perdue », l’unité possible d’un ensemble de dialectes linguistiquement disparates voire la spécificité radicale d’une manière de parler (c’est le cas de l’andalou dont le Partido Andalucista aurait voulu qu’il soit reconnu comme « el habla peculiar » de la région dans le Statut d’Autonomie). Quand à la référence au « sang », la plus problématique aujourd’hui, elle suscite un rejet le plus souvent sincère mais qui s’accompagne presque toujours de l’élaboration d’une ressource alternative. D’abord ouvertement raciste (le sang pur des Basques y était opposé au sang impur des Espagnols « contaminés » par les Juifs et les Maures), le national-régionalisme basque, par exemple, n’exigeait plus de ses militants au début du vingtième siècle « que » la production d’un certificat de baptême où figuraient un nombre suffisant d’ascendants au nom basque… Le nationalisme radical actuel, qui se dit "révolutionnaire", transfère cette idéologie de la « pureté » à l’intérieur du mouvement lui-même et trace une frontière entre les "vrais" Basques et les autres dont certains ont été physiquement éliminés par l’ETA comme traîtres à la Patrie. Dans la plupart des mouvements démocratiques, l’usage du terme « ethnie » puis la recherche d’une problématique « ethnicité » (Simon 1999) essaient tant bien que mal de spécifier, pour échapper au biologisme, un ensemble de caractères qui nous renvoient alors, malgré qu’en aient leurs auteurs, aux notions culturalistes de « personnalité de base » ou tout simplement à une caractériologie ethnique « revisitée », soit toujours vers une forme d’essentialisme.

C’est bien évidemment le recours à l’histoire, ou plutôt une référence permanente au passé combinant de manière variable mémoire et histoire qui permet d’asseoir toute revendication, y compris dans le cas extrême mais révélateur de l’invention de la Padanie. Autochtonie, antériorité, supériorité culturelle à défaut de supériorité raciale ou « ethnique », rien n’est possible hors de la longue durée. Mais l’invention de la Padanie nous rappelle aussi le lien direct entre l’histoire effective de la construction, plus ou moins "réussie", des États-Nations modernes, l’émergence des nationalismes régionaux et leur destin différent suivant les pays. De ce point de vue, une comparaison rapide entre la France et l’Espagne peut se révéler utile.

Construction et déconstruction des Etats-Nations

En France, l’œuvre centralisatrice de l'Etat révolutionnaire s’est appuyée sur une politique linguistique radicale, sur un brassage systématique des jeunes gens à travers la conscription, sur l'ébauche d'un système éducatif étatique. Bientôt, l'École laïque et obligatoire se fera un devoir d'interdire l'usage des langues locales, tout en diffusant une « Histoire de France » repensée dans le cadre de la République et d’un Etat-Nation serti dans l'hexagone de ses "frontières naturelles". Tout cela est bien connu mais, de fait, et quel que soit le jugement que l'on porte sur lui, le processus d'homogénéisation des populations françaises a été poussé très loin et, surtout, le centralisme a fait l'objet d'un consensus très large au niveau politique et n'a rencontré que peu de résistances locales. Dans la logique de l'alternative Ancien Régime / République, il s'est trouvé associé aux idées de progrès et de démocratie, tandis que la thématique de l'enracinement se voyait rejetée du côté des groupes politiques conservateurs.

Des communautés périphériques hétérogènes, longtemps restées extérieures à l'ensemble national se sont elles aussi intégrées au plus tard à la fin du Dix-neuvième siècle. Les communautés montagnardes agropastorales des Pyrénées sont dans ce cas (Sahlins 1989). Comment expliquer que des populations marginales par la langue (elles ont massivement ignoré le français jusqu’aux années 1870), par la situation géographique et le mode de vie (lié à une économie montagnarde à l'écart des circuits commerciaux) se soient intégrées sans heurts ? Il faut tout d’abord tenir compte du phénomène, valable pour toute la France, mais accentué dans le sud, de « la République au village ». L'instauration d'un pouvoir municipal effectif, son mode d'élection largement ouvert au débat et au combat politique a sans nul doute contribué très tôt à faire de l'échelon local le plus proche des habitants -la commune-, l'échelon le plus important, susceptible d'éveiller de forts sentiments d'appartenance. Le jeu ancien des pouvoirs locaux les plus proches (les bourgeois de village contre le seigneur puis contre le grand propriétaire non résident, les bénéficiaires de droits d'usage contre les nouveaux propriétaires privés ou contre l'État maître de la forêt...) a été rejoué, réinvesti dans le débat « municipal ». Le département est resté longtemps une réalité lointaine et administrative, et la « région », nulle part définie, une totale irréalité. C'est donc aussi par le bas, par « le village », que l'État-Nation a pénétré l'ensemble d'un tissu social essentiellement rural. Tout est matière à débat entre 1850 et 1914, à des affrontements politiques articulant décisions locales et décisions nationales. La construction d'une école, la réfection du toit de l'église, le déplacement du cimetière, le remplacement d'une institutrice religieuse sans diplôme par une institutrice laïque formée à l'École Normale, tout est prétexte à des discussions, à des conflits, à d'interminables procès qui apparentent le village à une petite République, à « la » République en quoi s'incarne l'État-Nation, parfois unie (contre l'extérieur), souvent déchirée.

La deuxième clé, tout aussi importante, de cette intégration culturelle apparemment réussie, réside dans la nature même des institutions nationales installées « au village » et dans les caractéristiques des agents qui les incarnent. Prenons l'école républicaine, laïque et obligatoire. Au vu de ses résultats : généralisation du français, recul général des langues régionales, « oubli » des cultures locales, elle a été de manière polémique chargée de tous les maux. Elle aurait été l'instrument principal de la négation de toute différence et d’une intégration forcée. Certes les arguments ne manquent pas, a posteriori, le plus spectaculaire étant, on l'a dit, la chasse systématique à la langue locale (à qui n'a-t-on pas rappelé qu'était inscrit sous le préau de certaines écoles: « Défense de cracher par terre et de parler patois »). Mais la réalité historique est plus complexe. D'abord l'école s'est implantée plus tôt qu'on ne le pense généralement, et, bien qu'elle ait été longtemps réservée, sous l'Ancien Régime, aux fils des propriétaires, elle a joué un rôle très important dans l'émergence d'un pouvoir municipal avant la lettre : l'Assemblée générale des habitants, présidée par le Premier Consul, instance largement répandue dans le Sud au Dix-huitième siècle, utilise les compétences du maître d'école dans les petits villages pour communiquer en français avec l'administration provinciale, tenir en ordre les archives, activer les procès et, last but not least, enseigner aux rares enfants qui auront à s'en servir la lecture, l'écriture et la comptabilité. Le modèle de l'école « missionnaire » est un modèle de propagande -de l'Église contre l'hérésie protestante puis de l'État contre l' « obscurantisme » et l' « ignorance » - repris à leur compte par les mouvements contestataires dans la deuxième moitié du Vingtième siècle pour dénoncer le « génocide culturel » perpétré par l'État national. Mais ce modèle, quelle que soit l’efficacité de son usage pour l'action militante, oublie un élément fondamental : ce n'est pas un « corps étranger » imposé du dehors qui s'installe au cœur de toutes les communes au Dix-neuvième siècle. L’École est aussi le fruit d'une demande sociale locale. Le maître d'école n'est pas forcément le porteur d'une « culture étrangère ». Le système français de recrutement tout d'abord, strictement local puis départemental après l'instauration des Écoles Normales, installe dans les communes des instituteurs « sortis du peuple », et souvent originaires d'un village voisin. Ils partagent la langue et une partie des valeurs des familles de leurs élèves. Ils participent à la fois d'une identité nationale française – leur formation au sein des Écoles Normales de la République et leur organisation en un corps hiérarchisé de fonctionnaires de l'État vont l'ancrer fortement en eux - mais aussi d'une identité locale que leur rôle « municipal » éminent (le plus souvent, ils font eux-mêmes le secrétariat administratif de la commune) va renforcer.

Le cas de l’Espagne est bien différent. Comme le souligne Antonio Elorza : « la France et l’Espagne sont pareillement des ‘monarchies d’agrégation’ sous l’Ancien Régime et en conséquence, elles ont le même problème à résoudre : réussir une homogénéisation dans les domaines économique, juridique, social et culturel qui élimine des pluralismes et des différences hérités de l’Ancien Régime et permette l’entrée en jeu du lien symbolique qui relie le citoyen au système politique auquel il appartient. Le terme qui résume ce processus est ‘intégration’. Ce ne sont pas les ‘essences’ nationales qui créent le ou les nationalismes mais le cours que prend le processus d’intégration au sein des Etat-Nations de l’ère contemporaine, ouvrant ou fermant la voie aux revendications centrifuges des régions qui possèdent des caractères différentiels » (Elorza, 2001 : 42). Dans le cas de l’Espagne, il ne s’agit pas d’un développement tardif de la nation mais d’un développement raté tout au long du Dix-neuvième siècle. L’Etat espagnol a bien essayé lui aussi d’imposer la langue nationale tout en éliminant les langues et dialectes minoritaires mais, à la différence de la France, en Espagne les enfants ne vont pas à l’école, ou très peu. Au début du Vingtième siècle, les taux d’analphabétisme y sont très élevés alors qu’en France ils tendent à devenir résiduels. Comment s’étonner alors que l’usage du galicien, du basque et du catalan reste très répandu dans les couches populaires ?

Il en va de même avec l’armée. Le service militaire est devenu universel en France après la guerre de 1870 contre la Prusse mais il est resté réservé aux couches populaires en Espagne, les riches ayant la possibilité de payer un remplaçant. L’armée n’a donc pu jouer son rôle d’ « agent de nationalisation », elle a plutôt favorisé la division de la Nation. La guerre d’Indépendance contre l’ennemi français au temps de Napoléon avait certes été un moment privilégié de cohésion patriotique mais le Dix-neuvième siècle n’est qu’une suite de guerres internes qui déchirent un pays dont les citoyens ne cessent de se battre entre eux, principalement au cours des deux guerres de succession, les guerres civiles carlistes. Ajoutons à cela le désenchantement général après la guerre de Cuba, le « Désastre de 98 ». La crise symbolique de l’Etat-Nation constitue « une véritable piste de décollage pour des nationalismes périphériques dont la gestation idéologique avait été réalisée antérieurement » (Elorza, 2001 : 48).

Cette différence fondamentale quant au processus de construction (ou de déconstruction) de l’Etat-Nation ne signifie pas qu’en France, par exemple, des identités minoritaires, des mouvements régionalistes, des nationalismes « périphériques » ne puissent pas exister mais cela signifie que leur traduction politique et administrative sera quasiment impossible ou radicalement différente de ce qui est possible et effectivement réalisé ailleurs, en Espagne par exemple. Dans ce dernier pays les Autonomies régionales ont droit de cité depuis 1978. La conséquence en est la reconnaissance des régionalismes "historiques" qui s’appuient partiellement sur d’anciens droits, d’anciens royaumes et sur des tentatives d’émancipation régionaliste antérieures (la Catalogne en est l’exemple type) mais le Statut d’Autonomie fait aussi droit à des entités plus vagues qu’il contribue à créer en les définissant comme telle. Ces régions sont incitées à se construire une identité plus forte. S’enclenche alors le processus décrit plus haut. Le Pays Valencien, par exemple, pour se différencier à tout prix de la Catalogne voisine, va s’efforcer d’élever au statut de langue indépendante (el valencià) le catalan parlé sur son territoire (Pérez de Guzmán 1997).

Il ne s’agit donc pas simplement pour l’anthropologue ou l’historien de « dévoiler » une « invention » de la tradition en se réclamant d’un constructivisme radical oublieux du fait que la construction sociale de la réalité est un processus qui s’appuie sur des réalités déjà existantes et agissantes : ici la forme historique prise par la construction, achevée ou non, de chaque État-Nation au sein duquel apparaissent tels ou tels types de régionalismes d’une part et, d’autre part, l’existence d’un répertoire identitaire d’un type particulier, que l’on appellera par commodité ethno-nationaliste, historiquement daté mais qui semble promis, parfois pour le pire, à un long avenir. Ce cadre une fois défini, il resterait d’une part à analyser les bases sociales de chacun des mouvements concernés et d’autre part, en ne se polarisant plus sur les groupes militants ou leurs idéologues, à entamer une recherche de fond sur la façon dont les populations des régions concernées intègrent ou non dans leur propre répertoire identitaire les ressources proposées par les nationalismes régionaux qui se réclament d’elles.

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Pour citer cet article : "Andalucia, Occitania, Padania... Les nationalismes régionaux et leurs ressources identitaires", Les nouvelles de l'Archéologie : "Constructions identitaires", n°99, 2005, p.10-16.
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